Etude Bpifrance, BCG et Hello Tomorrow : des leviers pour dynamiser les écosystèmes de croissance des startups deeptech



Les technologies de rupture, dans leur capacité à apporter des solutions concrètes aux défis économiques et sociétaux, contribuent majoritairement à construire les industries et les emplois de demain.

 

Bpifrance, le Boston Consulting Group (BCG), et Hello Tomorrow publient la première étude concernant les facteurs clefs de croissance, par filières, des startups deeptech en France : financement, talents, et écosystèmes.

 

En France, si une dynamique est enclenchée comme le montre le Plan Deeptech de Bpifrance ou la compétition de startups de Hello Tomorrow, le potentiel de création reste encore insuffisamment exploité, avec pour conséquence un retard de l’Hexagone en comparaison à ses concurrents internationaux.

 

Trois acteurs historiques de la deeptech proposent ce jour au Gouvernement des recommandations afin de rattraper ce retard et de favoriser la création de champions français dans quatre filières stratégiques d’avenir : les biotechnologies médicales, l’hydrogène, l’agriculture et les batteries.  

 

   

 

 

  1. Les deeptech en France

 

Si la France se situe au niveau des meilleurs mondiaux en termes de recherche, elle est en retrait dans la création de startups deeptech par rapport à ses principaux concurrents. Il y a ainsi 2,1 fois plus de startups créées au Royaume-Uni qu’en France et 3,7 fois plus aux États-Unis. Même si on note une évolution favorable ces dernières années, cette situation s’explique principalement par une moindre acculturation de la recherche française à l’entrepreneuriat en comparaison des pays anglosaxons. Par ailleurs, chaque startup reçoit 1,5 fois plus de financement au Royaume-Uni et 3 fois plus aux États-Unis.

 

Pour atteindre les objectifs du plan deeptech, la France a  besoin d’une politique cohérente et transverse qui active tous les leviers pour accélérer le développement de ces nouvelles filières industrielles portées par les startups :  financement, recrutement de talents, industrialisation des prototypes, animation de communautés, etc.



 

  1. Communes à toutes les filières, quatre axes de recommandations pour faire de la France un leader mondial des deeptech

 

 

 

  1. Assurer un continuum du financement

La France possède toutes les clés pour devenir un acteur central de la deeptech, mais n’y parviendra qu’avec une politique de financement ambitieuse. Contrairement aux startups traditionnelles de l’univers digital, les startups issues des laboratoires mettent souvent plus de 10 ans pour sortir un produit sur le marché, conséquence d’une phase de R&D longue et gourmande en capital.

 

Antoine Gourévitch, directeur associé senior au BCG : « Les deep tech françaises sont confrontées à un double problème. Au stade d’idéation, les jeunes pousses ont du mal à se financer si elles ne sont pas affiliées où les financements publics sont présents. Pour les deep techs les plus avancées dans leur développement, elles se tournent le plus souvent vers des investisseurs américains ou asiatiques, plus enclins à prendre des risques. Les structures de fonds français ne sont pas armées pour soutenir les deep techs.».

 

> Les recommandations :

  • Combler les lacunes du financement de la maturation, c’est-à-dire de la transformation d’un résultat de recherche en projet de startup en complémentarité des moyens mis en place par les SATT;
  • Financer des fonds importants pouvant investir post série B, à l’échelle nationale, ou européenne si l’échelle nationale ne suffit pas pour atteindre une masse critique. Ces fonds devront pouvoir prendre des positions suffisamment importantes pour inciter les startups à rester en France ;
  • Améliorer les perspectives d’introduction en bourse en créant des fonds cotés spécialisés dans certains secteurs comme les biotechnologies, investissant dans le monde entier mais basés en France.
  • Fluidifier les relations entre startups et investisseurs en développant des références communes sur les attendus et les pratiques, car celles-ci ne sont pas les mêmes que dans le digital traditionnel ;

 

 

  1. Former les talents et favoriser leur circulation

 

La France bénéficie d’une recherche d’excellence. Pour favoriser l’émergence de startups, il faut surtout donner envie aux chercheurs de participer à leur création et les aider à le faire dans de bonnes conditions.

 

Paul-François Fournier, Directeur Innovation de Bpifrance : « Développer des filières deep tech françaises fortes nécessite d’avoir les meilleurs chercheurs, qui comprennent les enjeux réglementaires et industriels liés à la valorisation de la recherche. Arrêtons d’opposer recherche académique et business. Il faut au contraire considérer la création de startups comme une émergence normale des activités de recherche».

 

> Les recommandations :

  • Former systématiquement les chercheurs aux enjeux business (propriété intellectuelle, modèle économique, marketing, industrialisation, etc.) le plus en amont possible, dès le doctorat voire le master ;
  • Systématiser les dispositifs d’accompagnement personnalisé à la création d’entreprise pour les chercheurs ;
  • Favoriser la circulation des talents entre la recherche, l’industrie, et les startups (voire entre startups) via des événements ou plateformes en ligne spécialisées, et la création d’écosystèmes régionaux structurés autour des universités ;
  • Attirer des talents internationaux (entrepreneurs expérimentés ou experts sur des sujets clés comme les essais cliniques en biotechnologies médicales) ;
  • S’assurer que l’ensemble des acteurs impliqués dans le développement des startups parlent le même langage et aient une compréhension partagée des facteurs clés de développement d’une startup deeptech dans leur filière.

 

 

  1. Faciliter l’industrialisation 

 

Arnaud de La Tour, co-dirigeant de Hello Tomorrow : « Contrairement à une application mobile qui peut relativement facilement passer d’une version prototype à une version utilisée par des milliers de personnes, l’industrialisation est une phase beaucoup plus compliquée quand on travaille sur des produits physiques. Les enjeux règlementaires ou industriels sont généralement pris en compte trop tard par les startups ce qui engendre des mauvaises prises de décision, et les startups françaises ont du mal à s’appuyer sur l’écosystème industriel existant pour passer cette étape ».

 

> Les recommandations :

  • Sensibiliser les startups aux enjeux réglementaires et industriels le plus tôt possible via des études de cas ;
  • Inciter les filières, dans le cadre des contrats de filières, à s’organiser pour permettre aux startups d’externaliser les premières phases d’industrialisation, par exemple en mettant en avant pour chaque filière/région un acteur capable de rediriger les startups vers les bons acteurs ;
  • Favoriser les accélérateurs industriels ;
  • Élargir les outils de financement existants pour créer un écosystème capable de financer les premiers démonstrateurs industriels, voir faciliter le rachat d’outils industriels existants.

 

 

  1. Structurer l’écosystème deep tech

 

Paul-François Fournier, Directeur Innovation de Bpifrance : « Il ne suffit pas d’avoir en France les ingrédients clés (connaissance, talents, infrastructure, argent, etc.), il faut aussi que les acteurs qui les portent parlent le même langage et puissent se rencontrer dans les bonnes conditions pour échanger et collaborer. C’est ce qui fait la particularité des écosystèmes les plus efficaces comme la Silicon Valley aux États-Unis, Shenzhen en Chine ou encore à Tel Aviv. C’est ce que nous mettons en place avec le Plan Deeptech. Par ailleurs, il faut que notre écosystème national soit connecté à l’international, de façon à embarquer les startups immédiatement sur un marché international. »

 

> Les recommandations :

  • Identifier et mobiliser les acteurs qui peuvent faire l’intermédiaire entre les startups et une filière (pôles de compétitivité, syndicats professionnels, accélérateurs industriels, structures d’accompagnement spécialisées, etc.), ou jouer le rôle de tête de réseau ;
  • Organiser des événements thématiques rassemblant en France les filières autour des startups (inter SATTs, OTT, incubateurs et accélérateurs) à l’échelle nationale, mais surtout à l’échelle internationale pour donner de la visibilité aux startups françaises ;
  • Fluidifier les interactions entre les startups, ETI et grandes entreprises, notamment en communiquant sur les attentes respectives, les pièges à éviter, et les bons modèles de collaboration ;
  • Fluidifier les relations entre les startups et les institutions publiques, en ayant des points de contact deeptech faisant le lien entre les startups deep tech et les administrations et services publics importants dans leur filière, sur le modèle du French Tech 120, voir au sein de ce programme.

 

 

 

  1. Des recommandations spécifiques à quatre filières d’avenir particulièrement stratégiques pour la France

 

Bpifrance, le BCG et Hello Tomorrow ont retenu quatre filières stratégiques au sein desquelles la France a un coup à jouer pour créer de futurs champions français, dans des domaines liés à la transition écologique ou à la santé.

 

 

  1. Les biotechnologies

 

Cela fait plus de 15 ans que les grands groupes externalisent leur R&D au monde académique et aux startups et c’est dans cette filière qu’on trouve le plus d’investisseurs. Cependant les relations entre tous les acteurs ne sont pas pour autant au beau fixe.

 

Recommandations spécifiques :

 

  • Former les personnels des structures de valorisation aux spécificités des biotechnologies médicales (exemples : enjeux des essais précliniques et cliniques de phase 1) ;
  • Encourager le regroupement de campus réunissant industriels, startups et investisseurs autour des centres de recherche les plus actifs pour atteindre une masse critique ;
  • S’inspirer du modèle de fonds early-stage type French Tech Seed utilisant les obligations convertibles pour le financement des PoC et essais précliniques en biotech (500k€ – 2M€).

 

 

  1. L’hydrogène

 

Cela fait longtemps que la technologie existe et est poussée par quelques passionnés, mais aujourd’hui avec les récentes avancées technologiques et l’urgence de décarboner notre économie, cette filière accélère dans de nombreux pays. Le collège d’experts mandaté par les ministres de l’économie et de l’enseignement supérieur l’a identifiée comme une des 10 filières prioritaires.

 

Recommandations spécifiques :

 

  • Partager au sein de l’écosystème une analyse sur les segments de marché porteurs ;
  • Créer un volume important de commandes publiques de flottes captives et d’applications stationnaires pour avoir un marché suffisamment large permettant d’industrialiser les solutions ;
  • Aider les startups à se fédérer pour faire entendre leur voix dans les groupes d’écriture de normes liées à la filière hydrogène.

 

 

  1. L’agriculture

 

De plus en plus de startups se lancent dans ce secteur, que ce soit pour réduire l’utilisation des produits phytosanitaires, augmenter les rendements via le biocontrôle ou l’agriculture de précision, ou encore apporter une meilleure traçabilité de la filière. Le principal frein qu’elles rencontrent est la difficulté à faire adopter leurs innovations en raison de la fragmentation de la filière et de la différence des conditions de mise en oeuvre d’une région ou culture à l’autre.

 

Recommandations spécifiques  :

 

  • Développer et financer un réseau de fermes expérimentales permettant aux startups de tester rapidement leur technologie en conditions réelles dans différentes conditions de culture et de climat ;
  • Connecter les centres techniques et instituts agronomiques privés avec les organismes de valorisation pour rapprocher le public et le privé et diffuser les innovations dans la filière ;
  • Renforcer la diversification des fonds publics et privés vers l’agriculture et soutenir la création de nouveaux fonds spécialisés.

 

 

  1. Les batteries

 

Si les batteries sont principalement produites en Chine et aux US, la France reste à la pointe technologiquement, et l’Europe a une volonté de renforcer sa capacité de production. C’est un enjeu économique mais aussi de souveraineté à l’heure de la mobilité électrique et de l’IoT.

 

Recommandations spécifiques :

 

  • Soutenir l’écriture d’un référentiel commun d’analyse des performances techniques des batteries, afin que les solutions des startups soient jugées selon des critères standardisés ;
  • Réserver une part aux startups (seules ou en consortium avec des industriels) dans les appels à projet des filières ;
  • Animer et investir dans des programmes d’open innovation des groupes industriels européens détenant les savoir-faire amont de la chaîne de valeur pour rendre ce savoir-faire disponible pour les startups.

 

  

 

Point sur la méthodologie de l’étude

Cette étude est basée sur des analyses de bases de données de startups (Tracxn), la base de données issue du Hello Tomorrow Challenge, une enquête auprès de 61 startups sur l’état de leurs relations avec les acteurs clés de l’écosystème, et plus de 40 interviews d’investisseurs, industriels, startups ou encore accélérateurs.

Les recommandations ont été formulées et validées par les acteurs clés – recherche, startups, industriels, investisseurs et accélérateurs, etc.