Investissement en deeptech :
Le livre blanc Bpifrance souligne l’importance d’un continuum

Partenaire officiel de la Deeptech Week, organisée par Hello Tomorrow du 9 au 13 mars 2020, Bpifrance publie aujourd’hui les conclusions de son livre blanc consacré à l’investissement en deeptech. Réunissant le témoignage de 25 acteurs du capital-risque, en association avec France Invest, ce livre blanc vise à faire un état des lieux des principaux enjeux et des freins rencontrés par les acteurs lorsqu’il s’agit d’investir dans des entreprises deeptech. L’investissement constituant l’une des clés de voûte de la croissance d’une entreprise – et ce a fortiori celles de la deeptech qui ont de forts besoins de capitaux longs –  les investisseurs proposent des pistes de solutions pour favoriser la hausse des montants déployés en France vers ces entreprises.
 
« Brevet », « technologie de rupture », « recherche académique », « technologie disruptive », « projet au long cours », « propriété intellectuelle forte », « recherche fondamentale », « budget R&D conséquent », … si définir la deeptech peut prendre des formes diverses, le fait que les projets qui s’en réclament aient besoin de plus de temps et donc de capitaux pour grandir, fait consensus.
 
« Ce recueil de témoignages s’inscrit dans la continuité des actions lancées pour accompagner le Plan Deeptech, lancé en janvier 2019 par Bpifrance, sur dotation de l’Etat. Ce plan a pour objectif d’encourager et de doubler la création de start-up deeptech, porteuses de réponses à de grands enjeux sociétaux. Pour y parvenir, il est indispensable que l’élan ainsi entamé soit poursuivi dans la phase de financement en capital, depuis l’amorçage jusqu’aux phases de croissance », souligne Paul-François Fournier, directeur exécutif en charge de l’Innovation de Bpifrance.
 
Deeptech en amorçage : se faire comprendre
 
Nés dans des laboratoires, beaucoup de projets deeptech sont par nature très éloignés des mondes de l’entrepreneuriat et de l’investissement. Les différences culturelles entre ces univers faussent considérablement la communication des chercheurs avec les professionnels du capital-risque. Les professionnels sondés encouragent ainsi une meilleure porosité entre ces sphères via notamment une intégration accrue des profils scientifiques dans les fonds d’investissement et la promotion de dispositifs légaux permettant aux chercheurs-entrepreneurs de reprendre ensuite leur statut de chercheur.
 
Par ailleurs, si les Acteurs du Transfert Technologique visent à faciliter l’essor et le développement des projets deeptech, la pratique est encore perfectible pour réduire les délais de négociation qui peuvent parfois aller jusqu’à 18 mois ou unifier des pratiques très éclectiques selon les acteurs. Fort de ce constat, les fonds questionnés suggèrent entre autres d’œuvrer à la création de standards et d’intégrer la négociation dans le calendrier global de l’opération d’investissement.
 
Troisième point d’amélioration détecté par les professionnels du capital-risque interviewés, la valorisation des travaux de recherche reste encore à parfaire. Quand cette valorisation est davantage liée aux efforts engagés qu’aux potentiels réels desdites technologies, les jeunes pousses peuvent se retrouver bloquées par une dette significative. Pour pallier ce désalignement, les professionnels du capital-risque interrogés encouragent entre autres l’indexation des retours financiers dus aux laboratoires sur la réussite de la start-up et l’encadrement de la valeur des transferts technologiques pour favoriser la stratégie d’investissement future.
 
Enfin, le dernier enjeu de l’investissement en amorçage dans des start-up deeptech identifié réside dans la nécessité de lire et sélectionner les dossiers concernés en prenant bien en considération leurs spécificités intrinsèques. Au regard des actifs propres aux acteurs de la deeptech (propriété intellectuelle, équipe de chercheurs de haut-vol, …) et de la valorisation souvent supérieure d’une activité à forte intensité technologique, Bpifrance recommande aux investisseurs d’être plus ouverts au risque en pondérant leurs critères d’analyse classiques.
 
Deeptech en croissance : se rendre visible
 
Pour permettre une évaluation plus juste du potentiel d’un projet deeptech en phase de croissance, les professionnels questionnés par Bpifrance insistent sur la nécessité d’aider au positionnement de ces entreprises sur les marchés internationaux ainsi que sur le besoin impérieux de soutenir le développement et le recrutement de l’équipe de direction, notamment.
 
De même, soutenir la montée en puissance de la production industrielle constitue aussi un enjeu majeur. Plus sensibles aux aléas conjoncturels que les grandes entreprises, les scale-up deeptech peinent à passer de la preuve de concept à l’industrialisation de leur offre motivée par un ou plusieurs partenariats pérennes. Conscients que ce passage à l’échelle est déterminant à la survie d’une scale-up, les fonds interrogés préconisent notamment d’étendre et harmoniser les outils financement de démonstrateurs et de développer des véhicules de co-investissement spécifiques pour aider à la pré-industrialisation.
 
Par nature, les technologies dites deeptech ont un impact mondial. Les entreprises doivent par conséquent rapidement envisager le développement à l’international. Cela signifie rechercher des talents rares dans différents pays mais aussi adapter son produit aux standards des régions ciblées. Pour ce faire, les relais d’investissement étrangers sont précieux et l’effort d’identification par ces derniers doit être renforcé. D’ores et déjà sur une lancée constructive – outre stock-options, visas, pédagogie concernant le Crédit Impôt Recherche, … – les sondés insistent sur l’importance de l’élargissement vers la deeptech des dispositifs français mobilisés jusqu’ici sur la Tech.
 
Sujet critique et majeur, l’un des enjeux rencontrés par les scale-up deeptech concerne les perspectives de sortie qu’ont ces entreprises et la valorisation de ces opérations. Pour pallier la dissymétrie entre les aspirations des entreprises en Deeptech en matière de sortie et les opportunités réelles, les professionnels en capital-risque insistent sur l’importance d’un soutien renforcé en faveur des fusions et acquisitions de ces structures et la nécessité de développer les compétences des analystes boursiers sur ce sujet spécifique. Enfin, ils rappellent que les sorties partielles à tous les stades du capital-risque et les partenariats avec des industriels sont aussi des alternatives à considérer.
 
Pour pérenniser le développement des entreprises deeptech, le continuum de financement est clé
 
Présentant la contrainte d’avoir un temps de maturation plus long, les investissements en deeptech sont, préférentiellement, réalisés et gérés en début de période d’investissement. Les fonds ayant une durée de vie limitée, ils peuvent être amenés à sortir trop tôt ce qui brise alors la chaîne de financement. Naturellement désignés comme relais, les fonds late stage ouverts aux investissements deeptech sont trop rares pour assurer ce suivi. Ainsi, en plus de l’importance de la création d’autres fonds late, Bpifrance et les fonds interrogés insistent entre autres sur la nécessité de dimensionner la taille des fonds en fonction des besoins exprimés par les entreprises deeptech et ce afin que les investisseurs en capital-risque puissent investir des montants suffisants et suivre les entreprises au fil des tours.