Salle de presse Actualités

"Innover, c'est dur", publié dans le Dossier de l'Usine Nouvelle ...

"Innover, c'est dur", publié dans le Dossier de l'Usine Nouvelle n°3740 du 28 février 2025 

02 Avril 2025

Temps de lecture : 4min

Entretien I Le directeur général de Bpifrance, bras armé de l'Etat pour soutenir l'innovation et les start-up industrielles, revient sur la réindustrialisation en cours et les défis à surmonter.

De nombreuses start-up industrielles censées renouveler le tissu productif sont en difficulté. Peut-on parler d'un échec de la réindustrialisation? 

Non, c'est trop tôt pour parler d'un échec. Innover, c'est dur. "A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire." Il existe toujours un taux d'échec important dans les start-up, c'est constitutif du modèle. Que ce soit en France, en Israël, en Finlande ou en Suède. 

 

Mais avec l'intensité en capital de l'industrie, ce sont des échecs plus conséquents... 

Il y a surtout une extrême impatience, liée au fait que la réindustrialisation est vraiment devenue un désir collectif, renforcé avec le Covid par des préoccupations de souveraineté. C'est un consensus national, u point GPS très puissant pour les gens et partagé. Et il y a un nombre limité d'usines sous les "spolithgts". Quand l'une d'elles connaît des difficultés, ça se voit beaucoup. Mais des centaines de sites sont en train de se monter dans le recyclage, le biocontrôle, les biofertilisants. Nous venons de réinvestir chez Lactis, Aura Aero va trouver du capital pour construire son usine, Core Biogenesis industrialise sa bioproduction de protéines, Alice&Bob va produire son ordinateur... Il y a plein d'exemples. 

 

Comment analysez-vous les gros échecs? 

Rappelez-vous, il y a dix ans, il y avait deux stars qui permettaient de croire au succès de la french tech. Criteo et Withings, dans les balances et montres connectées. Criteo s'est fait largement disrupté avec la crise des cookies. Cette boîte, qui était un prophète de l'Evangile de la renaissance française dans la tech, existe encore mais n'a pas connu le succès d'un Spotify. Idem pour Withings : on y a mis du capital, l'entreprise était des discours de tous les politiues. Et puis un jour, elle a été vendue à Nokia. Catastrophe nationale ! Mais vous voyez bien, avec le recul : ce n'est pas parce qu'on a vendu Withings et que Criteo est entré dans l'ombre de la french tech, que ça a été un échec. D'autant plus que Withings a depuis retrouvé son indépendance. Un narratif auquel il faut faire attention est en train de se jouer dans les affaires Ynsect ou Angell. Et on pourrait y ajouter les difficultés d'ACC. Mais chaque entreprise est un cas particulier. 

 

Où en est-on avec Ynsect, la start-up de protéines d'insectes dont Bpifrance est actionnaire ? 

Il y a des négociations avancées pour faire entrer un fonds ou un partenaire stratégique. Leur infrastructure industrielle est juste incroyable. L'histoire n'est psa encore écrite et on se bat comme des chiens. Pourquoi a-t-on brûlé beaucoup de capital dans Ynsect ? D'abord, le démarrage a été long car le choix a été fait de construire une usine verticale plutôt qu'horizontale. Ensuite, il y a l'insecte lui-même, un peu plus gras que celui d'un concurrent comme Innovafeed, ce qui fait que les machines de broyage se grippent plus vite. Ce sont des technologies nouvelles, sur des industries nouvelles, avec des composants nouveaux. Et il faut trouver à la fin des clients prêts à payer. Pour réussir, il faut aligner beaucoup d'étoiles, mais c'est possible. C'est beaucoup moins risqué de réaliser l'extension d'une PMI ou de lancer une nouvelle activité dans un grand groupe qui connaît l'industrie dans toute sa complexité. Les start-up industrielles doivent tout apprendre du jour au lendemain. Et les cathédrales comme ACC, Verkor, Holosolis, GravitHy demandent énormément de capitaux et sont aussi super risquées. Une start-up industrielle, c'est la complexité d'une start-up digitale au cube. Il y a beaucoup de vallées de la mort à franchir. Ca n'est simple pour personne, les Chinois ont connu les mêmes problèmes ; simplement, ils ont la masse. Quand vous êtes 1,4 milliard et que vous avez 1 000 milliards de dollars d'excédent commercial, vous pouvez vous payer un taux de mortalité considérable. Nous n'avons pas la masse, donc il faut être sélectif dans les projets. C'est ce que nous avons fait avec l'appel à projets Première Usine : nous avons reçu 450 candidatures pour 78 lauréats. La leçon que je tire de tout ça, c'est que la réindustrialisation n'est pas en cause, mais qu'elle va prendre du temps. On a détruit l'usine française en vingt ans, on ne va pas la reconstruire en deux ans. La désindustrialisation est quand même stoppée. Aujourd'hui, il ne faut pas se décourager, on est couvert de boue mais on continue. Après, il y a des accidents industriels, comme les vélos Angell. Ca arrive. 

Lien vers l'entretien publié sur le site de l'Usine Nouvelle